Presse

Mardi 7 février 2006
Leila el-Haddad
publié le mardi 7 février 2006 sur le site http://www.protection-palestine.org

Le bouclage persistant du trafic commercial avec la Bande de Gaza provoque une crise humanitaire et économique, selon les Nations Unies et les ONG palestiniennes et israéliennes militant pour les droits humains.

Point de passage d’Eretz entre Israël et la Bande de Gaza ...

Le poste frontière connu sous le nom de Karni al-Muntar est le seul point d’accès à vocation commercial permettant de joindre le reste du monde.

Les forces armées israéliennes ont décidé de façon unilatérale de boucler ce point de passage le 14 janvier, sur la base d’informations selon lesquelles « des attaques imminentes » auraient été planifiées à cet endroit.

Les producteurs palestiniens sont durement touchés
 
La fermeture est survenue malgré l’accord signé l’an passé sous la pression de Condolezza Rice, secrétaire d’état américaine, prévoyant que le poste frontière serait opérationnel en continu et ceci spécialement durant la saison des récoltes.

Selon le bureau de l‘organisation OCHA (Office for Coordination of Humanitarian) des Nations Unies, le bouclage coûte aux Palestiniens 500 000 dollars chaque jour.

Les produits laitiers, aliments pour bébé, sucre, riz sont parmi des articles commençant à faire défaut sur les étagères des supermarchés dans la Bande de Gaza. De plus, 90 containers de fournitures à but humanitaire, dont de la nourriture et provenant de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees) sont bloqués dans les ports israéliens.

Approvisionnements bloqués

L’agence des nations Unies informe qu’il y a une rupture des fournitures de matériel de construction ainsi que des médicaments dont des vaccins considérés comme essentiels pour les enfants.

« Le Ministre Palestinien de la Santé s’efforce de trouver des médicaments et à commencé à utiliser des stocks d’urgence. Les anesthésiants sont presque épuisés », ajoute le rapport. Le principal hôpital de Gaza fait aussi face à une pénurie de produits pour les dialyses rhénales de ses patients.

Le Centre Al-Mezan pour les Droits Humains basé à Gaza et le PHR (Physicians for Human Rights) ont publié un communiqué commun condamnant « la gravité du siège » imposé par les forces israéliennes d’occupation sur la Bande de Gaza.

« Depuis ce récent renforcement du bouclage du poste frontière de Karni, la situation des habitants de la Bande de Gaza s’aggrave de jour en jour ; beaucoup de produits basiques ont été épuisés et ne sont plus disponibles sur les marchés, ceci conjugué avec une sévère augmentation des prix sur les quantités restantes de nourriture », dit le communiqué.

Les forces israéliennes disent suspecter des groupes palestiniens de creuser un tunnel sous la frontière. Aucun tunnel n’a été trouvé selon les services de sécurité palestiniens, et le bouclage en est à sa troisième semaine.

Vies en danger

« Ces mesures mettent en danger la santé et même la vie des enfants Palestiniens dans la Bande de Gaza », nous a dit Shabtai Gold du PHR.

« Cela prouve aussi que l’armée israélienne contrôle toujours les vies des Palestiniens, même après le désengagement. »

La Chambre de Commerce palestinienne estime qu’environ 80 camions qui passent normalement le poste frontière de Karni de Gaza vers la Cisjordanie et Israël chaque jour sont maintenant bloqués, entraînant rien que ce mois la perte de 7 millions de dollars US.

Ces pertes s’ajoutent à la grave crise financière que subissent les Palestiniens. A la suite de la victoire du Hamas aux élections législatives, les Etats-Unis ont coupé leur aide directe aux Palestiniens tandis que les israéliens ont gelé les remboursements de taxes perçues en douane (43 millions de dollars US en janvier) et qui reviennent aux Palestiniens.

La frontière a été totalement ou partiellement fermée chaque jour durant ces trois dernières années et a fonctionné à la moitié de sa capacité, selon les organisations OCHA et al-Mezan.

Les agriculteurs de la Bande de Gaza ont manifesté contre le bouclage. Ces derniers jours, ils ont versé des fruits et légumes avariés ainsi que des fleurs fannées près de la frontière en signe de protestation.

Productions perdues

Près de 170 tonnes de produits divers -- oeillets, tomates de cerise, concombres, fraises, et paprikas - ont été détruits ou simplement distribués, ou sont en train de pourrir, le marché local étant incapable d’absorber toutes ces quantités destinées à l’exportation.

Environ 70 tonnes attendent l’expédition, et environ 100 tonnes ont besoin d’être rapidement récoltées. Mohammad al-Bakri, de l’Union des Agriculteurs, nous a fait savoir que quelques 45% des dépenses en eau ont été gaspillés pour des récoltes qui ont ensuite pourri. « Dans un endroit aussi assoiffé que Gaza, c’est vraiment une perte et toute cette eau aurait pu aller à la population », nous dit al-Bakri.

Les mesures de bouclage par les israéliens affectent tous les habitants de Gaza
 
Al-Bakri nous informe également que le bouclage menace les projets agricoles définis avec l’assistance japonaise, car les équipements, les jeunes pousses et les fertilisants ne peuvent être importés.

« Il y a des projets pour une valeur d’un million$ qui nous attendent. Nous ne pouvons pas reprendre un travail normal. Nous demandons à la communauté internationale de faire quelque chose. Un bouclage de cette ampleur est la plus grande catastrophe que l’on puisse infliger au secteur agricole », ajoute al-Bakri.

C’est maintenant la saison des fraises à Gaza. Ce type de fraises utilisant peu de pesticide se serait distribué facilement sur le marché en Europe, si seulement les récoltes pouvaient être exportées à temps.

Champs de fraises

Après que les forces armées israéliennes aient imposé que soient rasés les champs de citronniers et autres « cultures hautes » (les israéliens le justifient en disant que des combattants pouvaient s’y cacher), des cultures basses comme les fraises sont devenues les cultures posant le moins de problème, selon Abu Tamer de la société des cultivateurs de fraises dans le village de Beit Lahiya au nord de la Bande de Gaza.

En quelques années le rendement a doublé. Les agriculteurs, à présent dans l’impossibilité de travailler, avaient espéré une meilleure saison que d’habitude du fait de l’accord imposé [aux israéliens] par Condolezza Rice en novembre dernier.

L’accord stipulait que les israéliens devraient « autoriser les exportations de produits agricoles en provenance de la Bande de Gaza durant la saison des récoltes fin 2005 ».

« Je suis désespéré. Ma vie est détruite », nous dit Riyad Ni’mami, un cultivateur de fraises de 34 ans et père de huit enfants, au milieu de ses vastes champs de fraises dans le village de Beit Lahiya.

Ni’mami n’a aucun revenu et a déjà commencé à planter l’ail et les jeunes plants de maïs entre les fraisiers de façon à tenter de profiter de l’eau gaspillée sur la récolte qui devrait normalement être exportée en Europe. « Je vais y réfléchir à deux fois maintenant avant de me lancer dans la culture de fraises. C’est la seconde fois qu’ils bouclent la frontière au moment de la récolte », ajoute Ni’mami.

Fermiers étranglés

Les cultivateurs de fleurs ont aussi été durement touchés. Ces fleurs habituellement destinées à la Hollande sont maintenant emballés dans du papier cellophane et placées dans des seaux et des réfrigérateurs en attendant de pouvoir être exportées.

La récolte des fraises est à son maximum
 
L’espace de stockage a été étendu au maximum, et les fleurs qui se vendent normalement 100$ la caisse au marché des changes hollandais sont maintenant utilisées comme aliment pour le bétail, selon Ibrahim Dahnun, un exportateur de fleurs au nord de la Bande de Gaza.

« Il n’y a plus aucun seau ni réfrigérateur de libre, rien... Chacun appelle à l’aide », nous dit Dahnun, son téléphone sonnant en permanence à cause des appels de fermiers en colère aussi bien que d’importateurs israéliens.

« Ils ont dit qu’ils pourraient essayer d’obtenir deux camions. Deux camions !! », nous dit-il, choqué, ajoutant que des tentatives faites par des fermiers de faire passer quelques caisses de fruits et légumes par le poste frontière avec l’Egypte avaient été refusées par les observateurs européens.

Proposition israélienne

Un porte-parole de l’armée israélienne a déclaré qu’un point de passage alternatif avait été proposé à l’Autorité Palestinienne en attendant de passer par Kerem Shalom, localisé au sud-est de la Bande de Gaza et faisant frontière avec Israël et l’Egypte.

L’Autorité Palestinienne (AP) a réfusé, selon les dires de l’armée israélienne. Les officiels Palestiniens justifient leur refus en disant qu’Israël était le seul responsable du bouclage et essayait « d’imposer une solution » aux conséquences politiques défavorables.

Rashad abu Dayer, chargé des exportations au ministère de l’agriculture, a déclaré à al-Jazeera.net que les officiels palestiniens avaient rencontré les israéliens pour tenter de trouver une solution, mais que jusqu’à aujourd’hui aucun accord n’avait été trouvé pour rouvrir la frontière.

Il nous a déclaré aussi que l’AP retenait toujours la proposition que les récoltes puissent être exportées par le passage de Kerem Shalom, qui n’est pas encore fonctionnel ni équipé des équipements appropriés pour le stockage [de produits périssables], ajoutant que la solution maintenant est liée aux changements politiques et à un accord qui reste à trouver avec un nouveau gouvernement palestinien.


Leila el-Haddad
2 février 2006 - al-Jazeera.net - Vous pouvez trouver cet article à :
http://english.aljazeera.net/NR/exe...
Traduction : Claude Zurbach
Par Leila el-Haddad
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Lundi 6 mars 2006
GAZA, 3 mars 2006 (AFP) -
publié sur le site La Croix
Des centaines de musulmans s'avancent dans la ruelle étroite qui conduit à l'église grecque orthodoxe de Saint Perfilios à Gaza alors que la colère gronde dans le monde musulman après la publication de caricatures de Mahomet au Danemark et en Europe.

Le père Artemios Dimitriades, 28 ans, qui a passé la moitié de sa vie en terre sainte, va à leur rencontre avec son évêque.

Il ne craint pas que son église soit lapidée ou incendiée comme cela est arrivé dans le monde musulman par des foules offensées par la publication des caricatures de Mahomet.

De plus, l'un des musulmans porte une copie sous verre du pacte du Khalife Omar, peu connu en dehors des milieux musulmans et chrétiens de Terre Sainte.

Ce pacte, Al-Uhdah Al-Omariyah, signé en l'an 683 par le Khalife Omar Ibn Khattab, conquérant de Jérusalem, accordait protection au patriarche Sophronios de Jérusalem, aux églises et au culte chrétien.

Des membres du mouvement islamiste Hamas, vainqueur des récentes élections législatives palestiniennes, se trouvaient dans la foule de musulmans qui se dirigeaient ce jour de fin janvier vers l'église de Saint Perfilios.

La rumeur a couru parmi certains chrétiens après la victoire du Hamas que le prochain gouvernement palestinien qu'il doit former instaurerait la Charia, la loi islamique, et que les femmes seraient forcées de porter le voile.

L'avenir "pourrait être effrayant" sous le régime du Hamas, a déclaré à l'AFP un prêtre catholique romain de Jérusalem.

Pour le père Artémios et d'autres à Gaza, chrétiens ou musulmans, ces craintes sont sans fondement. Et si des chrétiens devraient avoir peur, ce sont les 3.000 de la bande de Gaza qui vivent au milieu de 1,4 million de musulmans.

"Nous ne craignons rien car chrétiens et musulmans vivent en paix et dans l'amour depuis l'avénement de l'islam", dit le père Artémios.

La foule qui se pressait vers l'église voulait, dit-il, porter ce message: "nous n'avons aucun problème avec les chrétiens. Nous nous respectons et croyons en la liberté de culte".

"Le Hamas sait que la société palestinienne est pluraliste et qu'à long terme il aurait tout à perdre en voulant contraindre la société à agir contre sa foi", dit Hosam al-Taweel, 42 ans, l'un des six chrétiens élu au parlement palestinien (132 sièges).

Des six chrétiens élus, il a obtenu le plus grand nombre de voix grâce au soutien du Hamas et d'autres mouvements nationalistes.

En tant que chrétiens, "nous partageons les mêmes problèmes, les mêmes souffrances de l'occupation, le chômage et le marasme économique. Nous vivons au sein d'une société unie. Nous ne ressentons pas de discrimination" de la part des musulmans, dit-il.

"Les étrangers posent toujours la même question quand ils arrivent ici, savoir si la situation des chrétiens va se détériorer sous le Hamas", s'exaspère son oncle, Anton Shuhaiber.

Ce médecin de 68 ans qui a fait ses études en Angleterre dit qu'il comptait parmi ses amis le cheikh Ahmad Yassine, fondateur et guide spirituel du Hamas, et Abdelaziz al-Rantissi, un autre leader du Hamas, liquidés par Israël au printemps 2004 dans des attaques ciblées.

"Je n'ai peur ni du Hamas ni de l'Islam", dit-il.

Pour lui, "le conflit entre la culture occidentale dans laquelle Dieu est de plus en absent et la culture islamique est le réel problème".

"Notre rôle est de stopper ce conflit et d'amener les deux parties à mieux se comprendre", affirme-t-il.








Par La Croix
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Mardi 7 mars 2006
le Monde / Afp
publié le lundi 6 mars 2006.


Des hauts responsables de l’armée israélienne recommandent qu’Israël coupe totalement les ponts avec la bande de Gaza en cessant notamment de lui fournir eau et électricité, selon un plan en gestation dont des extraits ont été publiés lundi par deux quotidiens, Haaretz et Maariv.



Au terme de ce plan, l’armée préconise également de se retirer unilatéralement sur des lignes sécuritaires plus défendables en Cisjordanie, selon ces deux journaux israéliens.

Ces recommandations ont été émises à l’issue d’une réunion organisée la semaine dernière par le Coordinateur des activités israéliennes dans les territoires palestiniens, le général Yossef Michlev, dans le contexte de l’écrasante victoire du Hamas aux législatives palestiniennes du 25 janvier.

Elles doivent être soumises dans les semaines à venir à la haute hiérarchie sécuritaire et au Premier ministre par intérim, Ehud Olmert.

Elles préconisent notamment qu’Israël transforme en postes-frontières internationaux les terminaux routiers de Karni et Erez, entre Israël et la bande de Gaza, puis stoppe ses fournitures d’eau, d’électricité -- et éventuellement de carburants -- à cette région, après avoir octroyé aux Palestiniens un délai nécessaire pour trouver des solutions de rechange.

Israël permettrait alors aux Palestiniens de construire un port et un aéroport dans la bande de Gaza, mais interdirait l’accès à son territoire des ouvriers palestiniens de cette région, de même que le passage des Palestiniens entre celle-ci et la Cisjordanie.

Haaretz note que le ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, a proposé qu’Israël cesse de lever les taxes sur les produits transitant par ses ports à destination des territoires palestiniens.

Toujours dans le cadre de ce plan à l’étude, l’armée israélienne se redéploierait sur des lignes plus défendables en Cisjordanie, tout en conservant sa liberté de manoeuvre dans cette région proche des centres vitaux d’Israël et son contrôle sur des secteurs jugés stratégiques comme la vallée du Jourdain.

Les responsables militaires s’en remettent par ailleurs au cabinet israélien sur d’éventuels démantèlements de colonies en Cisjordanie, mais estiment que celles-ci ne contribuent pas directement à la sécurité d’Israël et mobilisent d’importantes forces armées pour leur défense.

Selon une option également envisagée, la Jordanie pourrait être appelée à jouer à nouveau un rôle en Cisjordanie.

Le royaume hachémite a coupé en 1988 ses liens administratifs avec la Cisjordanie.


le Monde / Afp
AFP 06.03.06 | 09h25 - http://www.lemonde.fr/web/depeches/...
Par Le Monde/Afp
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Jeudi 23 mars 2006
publié le jeudi 23 mars 2006 sur http://www.france-palestine.org

 Tout ça pour habituer les habitants de Gaza, et aussi la communauté internationale, à l’idée qu’il serait peut-être rationnel d’orienter la production de Gaza, ses affaires et ses plans, vers le sud, vers l’Egypte qui ne pourra pas se tenir à l’écart quand environ 1,5 millions d’Arabes sont étranglés par le siège israélien.

Aux élections, les citoyens d’Israël ne voteront pas seulement pour eux ; la majorité des gens voteront pour des partis qui prendront des décisions intéressant non seulement leur vie pour les quatre années à venir mais encore - et comme au cours des 39 dernières années - qui décideront à la place des 3,5 millions de Palestiniens habitant les territoires occupés. Et le parti de la majorité composera un gouvernement qui fixera jusqu’aux plus petits détails de la vie des Palestiniens.

Car c’est l’essence même d’un pouvoir étranger : par son vote, un peuple autorise son gouvernement démocratique à agir en dictateur dans un territoire qu’il contrôle par la grâce de sa supériorité militaire et où vit un autre peuple qui se voit refuser le droit de participer au jeu démocratique.

Ces deux derniers mois, le dictateur que la population israélienne avait démocratiquement élu a décrété que les habitants de Gaza seraient mis « à la diète » sur l’avis donné au gouvernement par l’avocat Dov Weissglas immédiatement après la victoire du Hamas aux élections. Le Ministre de la Défense, Shaul Mofaz, a décidé que les habitants de Gaza mangeraient de moins en moins de produits frais et de produits laitiers, ensuite de moins en moins de riz, et bientôt plus non plus de pain.

Avec la fermeture prolongée du passage de Karni aux marchandises, Mofaz (représentant le gouvernement) ne s’est pas seulement mêlé des habitudes alimentaires des Palestiniens : il a aussi décidé de mettre en congé sans solde des dizaines de milliers de Palestiniens de Gaza : chauffeurs, commerçants, porteurs, ouvriers textiles, ouvriers agricoles, ouvriers du bâtiment et entrepreneurs, qui ne voient plus arriver les matières premières dont ils dépendent.

Dans le secteur du bâtiment, les travaux sont à l’arrêt et le nombre, de toute façon déjà élevé, de ceux qui ont besoin d’une assistance, croîtra. Les dommages en chaîne influenceront des dizaines de décisions prises dans chaque famille : éducation des enfants, soins médicaux, déplacements pour rendre visite à des proches, construction d’une chambre pour réduire le surpeuplement dans la maison.

C’est là une ingérence et une influence sur la vie quotidienne comme n’en a jamais eu aucun gouvernement palestinien élu - dirigé par le Hamas ou le Fatah.

A Karni, les services de la sécurité palestinienne ont creusé, sur ordre d’Israël, quatre tranchées d’une longueur totale d’un kilomètre et demi, sans trouver le tunnel qui a servi de prétexte à la fermeture du terminal de marchandises. Le jour où ont été saisis cinq kilos d’explosifs sur la route N°1, à bord d’un véhicule qui transportait des Palestiniens, les explications de nature sécuritaire sont plus que jamais ce qu’il faut de clair et de simple aux oreilles israéliennes.

De toute façon, depuis le désengagement, la version du gouvernement israélien selon laquelle « Gaza n’est plus un territoire occupé » et que dès lors, ce qui s’y passe n’est pas de sa responsabilité, est plus facile à retenir pour les Israéliens que toute explication selon laquelle le contrôle d’Israël sur la vie des Palestinien à Gaza n’a pas pris fin. Que Gaza n’est qu’une partie du territoire palestinien, que sa population, son économie et ses établissements de santé et d’enseignement sont liés à ceux de Cisjordanie, et que la communauté internationale a décidé que l’Etat palestinien serait établi sur ces deux parties, Gaza et Cisjordanie.

Mais l’électeur israélien dédaigne les décisions de la communauté internationale. Il a décidé, en fait, que Gaza « retournerait » à l’Egypte. Car telle est la signification logique de la fermeture prolongée du passage de Karni, après que le nombre de Palestiniens passant au barrage d’Erez ait déjà baissé. Même si ici ou là, des pressions internationales permettront l’entrée par le passage de Karni d’une aide « humanitaire » - comme s’il s’agissait d’une région frappée par une catastrophe naturelle - on peut s’attendre à ce que les élus israéliens le referme pour des « motifs sécuritaires ».

Tout ça pour habituer les habitants de Gaza, et aussi la communauté internationale, à l’idée qu’il serait peut-être rationnel d’orienter la production de Gaza, ses affaires et ses plans, vers le sud, vers l’Egypte qui ne pourra pas se tenir à l’écart quand environ 1,5 millions d’Arabes sont étranglés par le siège israélien.

Au fond, le vote de l’Israélien ne portera pas seulement sur le sort des Palestiniens, mais se mêlera aussi de la vie des Egyptiens.

Amira Hass, in Haaretz, 22 mars 2006

Traduction de l’hébreu : Michel Ghys

Version anglaise : www.haaretz.com/hasen/spages/697018.html
Par Amira Hass
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Jeudi 23 mars 2006



L’économie de la Bande de Gaza souffre tandis que le passage commercial vers Israël reste fermé hermétiquement.

Netzarim, Bande de Gaza - La récolte est en cours dans la rangée de serres ici, sur les terres rasées d’une colonie israélienne. Mais une grande partie des tomates et des poivrons, normalement envoyés sur les marchés européens, vont pourrir dans un ravin proche.

« Nous continuons à les recevoir mais nous ne savons pas quoi en faire » dit Abdul Fatah al-Eilah, le gestionnaire de la serre tandis que les ouvriers entassent des caisses de légumes dans une remise et que des tracteurs traînant des remorques remplis de produits attendent en ligne pour entrer.

Le principal passage commercial entre la Bande de Gaza et Israël a été fermé une grande partie de l’année et ce malgré un accord négocié par la secrétaire d’Etat, Condeleezza Rice, en novembre dernier, accord qui exigeait d’Israël « d’assurer la possibilité d’exporter en permanence ». Les soucis sécuritaires israéliens, intensifiés par la victoire parlementaire du Hamas en janvier et par les tirs de roquettes presque journaliers à partir de Gaza, ont fait que cet accord est devenu en grande partie controversé.

Afin de protéger les petits fermiers de Gaza de la compétition avec la ‘Coopérative pour le Développement économique de la Palestine’ de Eilah et de ses 405 hectares de serres, la coopérative n’a pas le droit de vendre localement ses produits. Mais sans un accès régulier vers le monde extérieur, la coopérative a dû donner certains de ses produits à des organisations de bienfaisance locales et jeter le reste. Les pertes jusqu’à présent se montent à des millions de dollars.

« Le gouvernement va probablement donner tout cela a dit Eilah en parlant d’une opération qui à une époque était considérée comme la clé pour l’économie future de Gaza.

La récolte perdue est le signe le plus reconnaissable de la prospérité déclinante de Gaza 6 mois après l’évacuation par Israël. Cela montre aussi l’évolution de la politique israélienne vis-à-vis des territoires palestiniens tandis que le Hamas connu formellement comme étant le Mouvement de résistance islamique, en guerre avec l’Etat juif, se prépare à exercer le pouvoir politique.

Des passages commerciaux incertains, des transferts de taxes gelés par Israël, (taxes qui aidaient à payer les salaires), et des permis pour les Palestiniens travaillant en Israël devenus caducs, sont la preuve d’un désengagement plus large, que les officiels de la sécurité israélienne disent espérer pouvoir accélérer une fois que le Hamas aura installé son cabinet ce mois-ci.

L’organe de défense israélien prévoit de ressusciter la proposition de bannir des milliers de travailleurs palestiniens d’entrer en Israël, de fermer hermétiquement les passages commerciaux et de mettre fin aux services publics une fois que l’Autorité palestinienne aura trouvé des sources alternatives. Derrière cette pression, on trouve la conviction des officiels supérieurs de la sécurité qui estiment que l’élection du Hamas a rendu toute relation économique et politique avec les territoires palestiniens impossible à continuer, du moins dans un avenir proche.

Le Premier ministre par intérim, Ehud Olmert, dont le parti Kadima est loin devant dans les sondages de l’opinion publique pour les élections du 28 mars, a choisi une autre approche le mois dernier vis-à-vis du « gardien » du gouvernement palestinien. Mais Olmert a dit qu’il pourrait adopter une politique plus stricte après la prise du contrôle par le Hamas des ministères palestiniens.

Cela se passera au même moment où les élections israéliennes se termineront, élections qui semblent devenir un référendum autour de la proposition d’Olmert de retrait unilatéral de diverses parties de la Cisjordanie. Olmert a dit qu’il avait l’intention de tracer les frontières définitives d’Israël pendant son terme de 4 années en consolidant les colonies juives éparpillées en Cisjordanie en des blocs plus larges du côté de la Barrière de Séparation qu’Israël a bien l’intention de garder.

Effectuer cette démarche destinée à assurer la longévité d’une majorité juive à l’intérieur des frontières définitives entraînerait aussi la séparation économique qui s’accélère en ce moment. Une évaluation de la Banque mondiale la semaine dernière a dit que le gel du transfert des taxes, les restrictions commerciales et les réductions futures de l’aide étrangère amèneraient « une contraction de l’activité économique qui équivaudrait à une profonde dépression » et a prévenu que le revenu par personne dans les territoires chuterait de 30% cette année.

Alors que les sources s’assèchent à Gaza, une économie dépendante des salaires publics, de l’agriculture et de l’aide étrangère afin de soutenir sa population de 1.3 million de personnes, est déjà moribonde. Les tirs réguliers de roquettes sur le sud d’Israël, effectués par le groupe radical du Jihad Islamique, ont transformé le nord de la Bande en champ de tirs. Les prix ont monté en flèche dans les magasins puisque l’approvisionnement en farine, en sucre et en produits laitiers venant d’Israël est constamment interrompu.

« La chose que nous avons le plus ici c’est l’horreur » dit Ibrahim Harb, un père de 10 enfants au chômage dans le village de Um el-Nasser. « Ici, c’est la panique ».

Un de ces matins derniers, le village plein d’enfants turbulents, se trouve sur le bord d’une zone dans le nord de la Bande qu’Israël a désigné comme étant une zone interdite. Un obus d’artillerie israélien a sifflé au-dessus des rues sablonneuses des Harb, suivi d’un bruit d’explosion tout proche. Les enfants ne se sont pas arrêtés et ont continué à jouer.

Au milieu des dunes à une courte distance, une paire de pneus marque la frontière rudimentaire. Israël a déclaré que la zone au-delà des pneus était hors limites afin d’avoir plus de liberté pour viser les combattants palestiniens qui tirent leurs roquettes grossières à partir de cet endroit vers les cheminées de la centrale électrique d’Ashkelon qui se trouvent à mi distance de là. Plus tôt dans la journée, des hommes armés du Jihad Islamique avaient justement fait cela.

« Nous voulons qu’ils fassent cela loin de chez nous » dit Harb. « Nous vivons ici et nous serons les premiers à être touchés ».

Jusqu’au mois dernier, Harb était l’un des quelques 4 000 Palestiniens chanceux à avoir un permis pour travailler en Israël, lieu où les salaires sont plus élevés. Quand son permis a expiré en février, il n’a pas été renouvelé étant donné que le gouvernement israélien réduit la main d’œuvre palestinienne. La famille de Harb se débrouille grâce à l’aide d’une association de bienfaisance dirigée par le Hamas.

« Vous restez assis ici, il ne se passe rien, alors vous entrez dans la maison » dit le père de Harb, Mohammed, âgé de 68 ans, en passant une matinée orageuse assis sur un banc. « C’est comme ça ».

Le point de passage de Karni, le passage commercial principal entre Israël et Gaza, est tout près. Cette année, le passage a été plus souvent fermé qu’ouvert à cause des craintes sécuritaires israéliennes. Une évaluation humanitaire des Nations unies estime que la fermeture de 21 jours qui s’est terminée en février a coûté plus de 10$ millions.

L’armée israélienne a ouvert Karni il y a 10 jours pendant plusieurs heures pour permettre à des approvisionnements indispensables d’entrer à Gaza mais elle l’a fermé à nouveau mardi. Depuis il n’a pas été rouvert et son futur reste incertain malgré le fait que l’administration Bush ait payé pour améliorer la sécurité y compris des scanners modernes pour les cargaisons.

Nasser Jaber, le directeur Palestinian Industrial Estates and Free Zone Authority à Karni, n’a que peu de travail ces jours-ci. Il gère le complexe de 30 usines adjacentes au passage, un complexe construit en partie avec l’argent de l’aide au développement des USA. Une barrière financée par les Etats-Unis était en train d’être installée au moment de l’élection du Hamas. Le projet ainsi que d’autres travaux de développement américains dans les territoires ont été suspendus.

Jaber dit qu’Israël a fermé Karni afin de déplacer le principal passage au terminal de Kerem Shalom dans le sud, loin du centre économique de la Bande. Vendredi, des officiels de la défense israélienne ont dit que Kerem Shalom serait rouvert dimanche. « Ce parc industriel a été inventé par les Américains » dit Jaber. « Regardez-le maintenant. On fait des choses qui restent incompréhensibles ».

Dans une usine de meubles à l’intérieur d’une des longues remises en tôle ondulée sur le terrain, 17 des 50 employés sont encore en train de travailler pour finir des piles de chaises de salon. Il n’y a pas de bois de bonne qualité pour commencer de nouvelles commandes, toutes passées par des compagnies israéliennes.

« Cela va aussi prendre fin bientôt » dit Yusef Ahmed (27 ans) père de 4 enfants du camp de réfugiés de Jabalya. « Alors nous ne savons pas ce que nous allons faire ».

A Netzarim, où la plupart des structures des colonies juives ont été démolies lors de l’évacuation de l’année dernière, des « récupérateurs » arrivent encore dans l’espoir que les piles de blocs de béton hérissés de fils de fer et mauvaises herbes pourraient contenir quelque chose de valeur. Au-dessous du lieu où se tenaient autrefois des maisons, un petit canyon est devenu le lieu de décharge pour les poivrons et les tomates de qualité en vue d’exportation en provenance de la Coopérative de Développement économique de la Palestine.

La compagnie, formée pour gérer les erres qui avaient été achetées avec des fonds internationaux pour le compte des Palestiniens, est pratiquement ruinée. Amid al-Masri, le directeur du projet, a dit qu’il allait recommander que l’affaire soit fermée et que ses 4 000 employés soient licenciés à la fin du mois si Karni ne rouvre pas bientôt.

Et même s’il rouvre, la faillite de l’accord de novembre visant à garder ouvert le passage lui a coûté ses futurs investisseurs sur lesquels il comptait pour développer l’opération des serres. Il estime que les fermetures lui ont coûté plus de 6$ millions.

« Le pire des moments pour prendre une décision c’est dans les moments de chaos » dit Masri. « Et à présent, nous sommes dans un tel moment ».


Scott Wilson
19 mars 2006, Washington Post Foreign Service :
http://www.washingtonpost.com/wp-dy...
photos AP : H. Moussa et A. Hana - Traduction : Ana Cléja
publié le jeudi 23 mars 2006.sur le site http://www.protection-palestine.org
Par Scott Wilson
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